Malgré les connaissances actuelles en santé, exercice et nutrition, le tour de taille des p’tits gros dans tous les pays industrialisés ne cesse d’enfler. Et je peux ici employer le terme « p’tit gros », car le tour de taille des enfants ne cesse lui aussi de prendre de l’expansion. Cette situation dramatique fait en sorte que des enfants développent maintenant le diabète de type 2, un problème de santé autrefois réservé aux adultes. Voilà aussi que les adolescents commencent également à encrasser leurs artères, préparant ainsi tôt dans leur vie leur futur infarctus. Quelle évolution de société gratifiante !

Notre époque compte plus de gens qui meurent des conséquences de l’obésité que de la famine. N’est-ce pas là également une réussite de société exceptionnelle ? Le p’tit gros commun des villes (animal aux comportements étranges) aime s’empiffrer et boire en abondance. Mais, comme il souhaite aussi perdre du poids sans rien changer à ses habitudes de vie, il se tourne avec allégresse vers les diètes les plus stupides que l’on puisse imaginer. Et puisqu’il est bien plus spectaculaire de faire des pirouettes nutritionnelles, il ne pensera jamais qu’un simple équilibre de vie s’avère en toute circonstance bien plus efficace.

Les obèses ne veulent pas vraiment faire les efforts nécessaires pour changer leurs habitudes de vie, alors ils demeurent à l’affut de toute diète ou produit miracle qui devient à la mode.

La nouvelle mode : la viande végétale. Cette mode entre en force, car l’écolo voit dans ce produit le salut de la planète et l’écolo obèse fait d’une pierre deux coups en y percevant également la solution à son obésité. Quelle extase ! De quoi rendre son bonheur tellement gros que pour la première fois sur la planète un bonheur deviendrait obèse.

Une mode qui se répand aussi rapidement et qui comble aussi bien les cœurs paralyse inévitablement la capacité de réflexion.

L’obèse qui savoure sa boulette végétale, biologique, sans gluten à saveur provençale vit le parfait bonheur, car il « pense » qu’il mange santé. Il ne voudra jamais se rendre compte que malgré l’exaltation et l’engouement général qu’il s’agit d’un produit raffiné, fabriqué avec certains produits chimiques dont le nom reste imprononçable, qu’il contient une trop grande quantité de sel afin d’en améliorer le goût et assurer sa préservation, et qu’il comporte autant de calories et beaucoup plus de glucides que sa version animale. Finalement, il ne voudra pas non plus considérer le fait que le traitement du produit transforme une partie du glucose des plantes utilisées dans sa fabrication en une forme de sucre libre, qui diffuse ainsi plus rapidement dans l’organisme, influençant alors le métabolisme d’une façon bien différente.

Pourquoi voudrait-il admettre qu’il s’agit en réalité d’un produit alimentaire raffiné comme bien d’autres, alors que sa boulette lui donne l’espoir en un monde et un corps meilleurs ? Pourquoi adopter un style de vie équilibré, quand ce hachis végétal laisse croire qu’il fait ce qu’il faut pour maigrir et améliorer la planète ?

Eh oui, c’est une vérité difficile à accepter, mais il ne s’agit que de cela : un simple produit alimentaire raffiné, comme des centaines d’autres sur les tablettes de votre épicerie. Mais, je me dois de féliciter les fabricants de ce type de produit pour leur clairvoyance et leur grande compréhension du comportement humain. Je n’aurai aucune honte à acheter des actions de ces compagnies afin de contribuer à leur succès. Faire d’un produit alimentaire une innovation sociale est un exploit enviable. Pour être un bon investisseur, il me reste toutefois à déterminer combien de temps cette mode durera. Six mois, 18 mois, deux ans ? De nos jours, les modes vont et viennent à une vitesse folle. L’obésité et l’environnement n’échappent pas à la puissance des modes passagères.

Désolé d’avoir brisé vos espoirs que le monde puisse devenir meilleur sans que vous ayez à changer quoi que ce soit dans votre vie ou à faire d’efforts. Une boulette végétale, aussi savoureuse soit-elle, ne possède que le pouvoir momentané que vous lui accordez.