« Nous souffrons plus en imagination que dans la réalité. »

« Nous souffrons plus en imagination que dans la réalité. » Cette citation ne vient pas de moi. Elle est attribuée au philosophe Romain Sénèque. Elle est restée gravée dans ma mémoire.

Elle reflète une dimension fascinante de notre esprit. Il est virtuel. Notre cerveau possède cette étonnante capacité de générer des pensées en série. Elles s’enchaînent, accaparant notre attention et les réactions de notre corps.

Le monde est ce que nous en pensons

Nous ne réagissons pas au monde qui nous entoure, ni aux événements qui s’y déroulent, mais à la manière dont nous les interprétons. Cette interprétation découle de nos croyances quant au fonctionnement du monde. Ces croyances ont pour leur part été forgées à partir de notre éducation, nos valeurs et nos expériences de vie.

Ce qui existe dans notre esprit n’est pas le monde tel qu’il est, mais notre façon de l’expliquer.

Dans cet univers mental, nos pensées entrent en collision avec nos croyances afin que nous puissions en parler et les expliquer. Une fois qu’elles ont traversé le filtre de notre analyse, elles acquièrent cette étrange capacité à « emprisonner » notre attention et notre être en entier.

Inventer un problème

Il est déjà arrivé que votre cerveau invente un problème qui ne se présentera jamais et que vous vous accrochiez à celui-ci tout en imaginant les pires conséquences. Alors, votre tension artérielle augmente, votre rythme cardiaque s’accélère, votre respiration devient rapide et superficielle, et vous transpirez davantage. Ce problème inventé par votre cerveau vient de prendre possession de votre attention et de votre corps. Il vous possède.

Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, notre cerveau est bien connecté au reste de notre corps par l’entremise d’un système nerveux et hormonal. Il ne réagit donc pas aux événements eux-mêmes, mais à la manière dont notre cerveau les explique. Quand les neurones sonnent l’alerte, le corps répond en conséquence.

Un monde virtuel

Tout ce branle-bas de combat se déroule dans un monde virtuel. Un cerveau qui invente des pensées auxquelles nous nous accrochons, dont nous amplifions les conséquences, nous amenant à nous enliser dans notre monde intérieur. Sans nous en rendre compte, nous acceptons des pensées inventées comme étant réelles.

Notre esprit peut rouler ainsi toute la journée de pensées négatives en pensées négatives, sans jamais nous rendre compte que nous donnons un pouvoir absolu aux inventions virtuelles de nos neurones.

Nous croyons à nos pensées, nous les nourrissons, nous les « chérissons », et nous les amplifions.

Nous souffrons plus en imagination que dans la réalité.

Le détachement

Le jour où nous comprenons cela, nous récupérons un pouvoir dont on parle peu. La capacité d’observer nos pensées et de se rendre compte que plusieurs d’entre elles ne sont qu’un tas de conneries.

Ce détachement qui permet de se dire quelque chose du genre : « calme-toi, cette pensée ne fait pas de sens et est inutile » nous libère du stress et de la souffrance mentale que l’on s’impose.

Bien sûr, nous n’arrêterons jamais de penser. Il y aura toujours des pensées inutiles qui voudront nous embrouiller l’esprit. C’est pourquoi le « détachement » doit être pratiqué quotidiennement afin de devenir un automatisme. C’est comme développer un muscle, ça prend de l’entraînement sur une base régulière.

Le pouvoir de changer notre monde

Le but n’est pas non plus d’éliminer de notre monde mental virtuel toutes les pensées négatives. Il s’agit plutôt de comprendre que nous avons la capacité de leur enlever leur pouvoir, et de l’utiliser aussi souvent que nécessaire.

Visons à devenir plus heureux en pensée et dans la réalité. N’est-ce pas ce que nous méritons tous ?


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